Notre façon à nous de parcourir le chemin...

Article écrit en 2008... Depuis nous sommes repartis de nombreuses fois... Autrement mais toujours avec le même plaisir...

 

Il y a mille et une façons, sans doute, de parcourir le chemin, chacun la sienne.

Pour nous, c'était une évidence, nous devions partir de chez nous, aller jusqu'à Santiago en une seule fois et, surtout, le parcourir ensemble, mon JC de mari et moi même.

Partir de chez soi. Cela peut ressembler à un détail et pourtant le symbole est très fort. Il y a toutes ces petites choses qu'il faut penser, préparer et qui nous donne déjà le goût du chemin. Par exemple le frigidaire, le congélateur que l'on vide parce que notre absence sera longue et qu'on souhaite couper l'électricité. Parce que si nous avons programmé la date de notre départ, nous n'avons aucune idée de celle de notre retour. Pas d'impératif de temps. Une première nouveauté dans notre quotidien, première perte de repère.

Un matin, le sac au dos, le bâton à la main, nous fermons notre porte, faisons tourner la clé dans la serrure. Cette toute petite clé qui sera bien cachée au fond de sa pochette et qui attendra son heure pour de nouveau être utile. Un dernier regard à la maison, notre maison. Cette fois-ci, c'est notre abri que nous laissons. Dans les premiers jours, c'est le sentiment de vulnérabilité qui m'habitait. Face aux intempéries, aux chiens errants...C'est un sentiment qui m'a très vite quittée.

Nous habitons la Bretagne. Nous allons donc rejoindre Nantes, en suivant le canal qui relie Nantes à Brest. Là, nous rejoignons le chemin qui arrive du Mont saint Michel et descendons jusqu'à saint Jean d' Angély. Nous y retrouvons le chemin qui, lui, arrive de Tours et qui nous emmène jusqu'à la frontière espagnole via Saintes, Bordeaux, Bayonne.

Cette France-là, nous la connaissons bien sûr mais la traverser à 3,5km/h de moyenne, c'est tout autre chose. Partis le 12 avril, nous voyons le printemps s'installer peu à peu. La végétation se transformer, reverdir et éclater en d'inoubliables notes fleuries. Nous avons le temps, incroyable richesse. Écouter, regarder, sentir. Peut être parce que c'est un de nos sens qui est le moins utilisé, c'est surtout mon odorat que j'ai senti se développer. De nouveaux parfums, inconnus.

Les rencontres. Un sourire. S'arrêter. Prendre son temps, merveilleuse richesse.

Ensuite, ce sera l'Espagne. Nous suivons la voie du Nord, via San Sebastian, Bilbao, Santander, Ribadesella, Oviedo, Lugo, santiago puis le cap Fisterra.

Aller à Santiago en une seule fois. Je comprends que cela n'est pas possible pour tous, et que certains ne le désirent tout simplement pas, chacun ses choix. Pour nous, il ne pouvait pas y avoir d'autres choix...S'offrir les moyens d'avoir le temps, donnée indispensable. Et c'est, sans doute, ce qui a fait pour moi la magie de ce chemin. Chaque matin repartir, avec enthousiasme, curiosité. Ne pas s'arrêter, ne pas faire demi tour, continuer. Ce chemin vous absorbe, vous attire. Qu'y a-t-il après ce virage, que vais-je découvrir en haut de cette côte ? Avancer encore et encore. J'ai eu le sentiment d'être sur une voie parallèle, en dehors du temps. 11 semaines de marche. 11 semaines, à pas mesurés, déterminés. 11 semaines pour parcourir ces 1700 kms.

Nous avons perdu chacun de nos repères, nous sommes, enfin, déconnectés de cette réalité qui nous absorbe, qui nous donne cette impression de toujours courir après le temps...

Nous avons( ré)appris à vivre avec le nécessaire, juste le nécessaire. 5,2 kg sur le dos, plus la nourriture du jour. C'est peu mais rien d'essentiel ne nous a manqué.

Parcourir ce chemin ensemble: Là, c'est un sujet très controversé et, je comprends. Cependant, là encore, chacun ses choix. Personnellement, seule je n'aurais pas cheminé bien longtemps. La longueur des étapes dépend des hébergements .L'état d'épuisement où je me retrouvais certains soirs ne me permettait plus de parcourir cette autre distance nécessaire pour trouver un ravitaillement. Seule, je me serais couchée, sans manger...

Nous avons parcouru et réussi ce chemin ensemble. Je remercie mon JC pour cela, merci de m'avoir aidée à réaliser mon rêve.

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