Récit d'un périple de plus de 1000 km...

  Comme pour notre premier chemin, je suis en train de peaufiner un livre récit qui devrait être publié vers la fin de l'été, si tout va bien. En attendant, voici quelques mots pour vous faire patienter

 

 

Quelques généralités

Genève, le Puy en Velay : 350 km

Le Puy en Velay , Saint Jean Pied de Port 732 km

Nous allons parcourir ces 1082 km en 46 jours soit une moyenne de 23,5 km/jour.

Nous allons connaitre, en terme de météo le pire comme le meilleur. De la pluie, souvent violente. Du vent, soufflant en tempête jusqu'à 100 km/h. De la neige, mais là nous avons eu de la chance car trois jours plus tôt nous aurions été bloqués, il avait neigé jusqu'à 80 cm...Et puis le soleil qui arrive brutalement, nous emportant vers des chaleurs estivales auxquelles nous ne sommes pas préparés.

Notre budget sera sensiblement égal à celui de l'an passé, une moyenne de 25 euros par jour et par personne. Pour cela, pas de secret, fuir autant que possible les demi pensions qui, si elles sont d'un prix en rapport avec la prestation, n'en demeurent pas moins trop chères pour un pèlerin qui part pour 7 semaines ou plus.

 

Dimanche, 8 avril, deux jours avant le vrai départ

Comme toujours, l'idée d'un chemin s'impose, comme cela, avec ou sans raison.

Pour nous, l'installation de notre fils Gaël en Suisse nous a donné l'envie de partir de Genève...Après bien sûr, direction le Puy en Velay. 15 jours de marche nous semblant un peu juste (!!!), nous envisageons de continuer jusqu'à saint Jean Pied de Port. 1080 km, je crois. Mais chaque pèlerin vous le confirmera, la distance en elle même ne veut rien dire...

Si nous n'avons aucun doute sur la beauté de ce chemin, par contre, nous craignons vraiment une surpopulation sur ce chemin toujours très fréquenté. Nous y serons en mai...

Toujours beaucoup de questions avant le grand départ...cette fois-ci les plus importantes sont d'ordre médical...mais si j'écoute mes doutes, ou ma raison, je ne partirais pas...

Notre chemin commencera donc le mardi 10 avril où le réveil nous tirera d'un sommeil sans doute léger vers 4 h du matin. Départ vers 5h, afin de rejoindre à pied ( 6 km) la gare routière et prendre le car qui nous emmènera à Rennes. De là TGV jusqu'à Lyon, changement pour un train ordinaire et arrivée à Genève vers 16h30.

Nous ferons tamponner notre crédenciale. Il est magique ce premier tampon...Ensuite, sacs au dos nous entamerons les 9 km de marche qui nous sépare de notre première étape...Arrivée vers les 20h sans doute et nous savourerons, je l'espère, un repos bien mérité.

 

27 mai

Pari réussi...

Nous avons rallié Genève à Saint Jean Pied de Port en 46 jours de marche...

Que dire de ce chemin ? Que nous restera-t-il de tous ces moments ? Difficile de  le dire alors que nous avons encore la tête dans les étoiles.

Il y aura eu le mauvais temps, beaucoup de mauvais temps. La pluie qui transforme les chemins en torrents de boue, les descentes deviennent glissantes et dangereuses. La neige aussi, pour la première fois je planterais mon bâton dans la neige...Heureusement un quatre quatre était passé avant nous et nous avons pu mettre nos pas dans ses traces. La tempête, le vent qui nous bouscule et nous déséquilibre. Pas d'infos précises mais  au minimum nous avons marché avec des rafales de 100km/h.  Avec ce que cela implique, arbres arrachés, bouchant les chemins et nous obligeant à faire de beaux détours ou  à jouer les cascadeurs !!!

Les douleurs aussi, mais quel pèlerin peut se vanter d'avoir marché longtemps sans connaitre quelques désagréments ? J'ai décidé de les oublier...

Ce chemin, je l'appréhendais un petit peu. C'est le plus fréquenté. Sans être vraiment sauvage, je n'aime pas la foule, j'aime aussi marcher tranquillement, sans que d'autres parlent fort quelques pas devant ou derrière moi. Les grands dortoirs ne sont pas non plus pour moi. Au mieux, je m'assoupis aux premières lueurs du matin, au pire je veille toute la nuit.

J'ai donc été plutôt surprise en bien. Il parait qu'à cette période, 60 à 100 pèlerins partent chaque jour du Puy. On ne s'en rend pas compte du tout. Chacun découpe ses étapes à sa façon, chacun marche à son rythme. Finalement, chaque jour, on ne côtoie qu'une bonne dizaine de pèlerins, un peu plus les WE où s'ajoutent les randonneurs.

En ce qui concerne les hébergements, nous avons eu très souvent des chambres pour 2, 4 au plus, cela reste très correct.

 

Les rencontres.

Celles de cette année nous auront marqués encore plus que d'habitude, je pense.  Il y aura eu tout d'abord la rencontre avec Cathie. Cathie que je connaissais virtuellement depuis 5 ans environ et qui habite sur un des chemins de Compostelle, celui de Genève au Puy en Velay. Elle fut donc une de nos hôtes pour la soirée du 15 avril. C'est toujours un peu angoissant une première "vraie" rencontre, mais avec Cathie tout s'est passé comme si on se connaissait depuis toujours. Ce fut une belle rencontre, dommage un peu courte mais lorsqu'on est sur le chemin, nous n'aimons pas faire de pause, cela fait une cassure dans nos rythmes et ce n'est pas bon. Nous avons donc continué emportant avec nous le sourire et la gentillesse de Cathie.

- On parle parfois de hasard, existe-t-il vraiment ? Ce soir-là nous sommes dans un gîte d'étape communal, il y a 5 dortoirs de 4 places. 3 sont déjà occupés par 2 personnes, 2 couples ( dont nous) et l'autre par deux hommes. Pourquoi la personne qui se charge de l'accueil et de la répartition décide-t-elle de mettre les deux jeunes femmes qui arrivent avec nous ? Mystère. Ces deux jeunes femmes sont pétillantes de vie, à l'écoute des autres, bref, elles sont charmantes. Puis vient le moment où chacun rejoint son dortoir, un espace plus intime. Notre conversation nous permet de découvrir un détail étonnant : elles habitent à 7 km de ma ville natale, Durtal, là où je vais régulièrement, en Anjou. Nos échanges deviennent plus précis, plus personnels, je parle de ma vision du chemin : marcher pour ceux qui combattent le cancer, leur prouver qu'il peut exister une vie après. C'est, je crois, cette confession qui a déclenché un lâcher prise à cette maman qui, dans de violents sanglots nous raconta qu'elle avait perdu son fils de 19 ans, cinq mois plus tôt. Elle nous parla longuement de son " Juju". Nous l'avons écouté, en silence, laissant ses mots s'écouler, posant juste ici ou là une petite question. Son amie, en retrait, écoutait, elle aussi. J'ai su alors pourquoi elles étaient là toutes les deux et le rôle formidable que jouait cette amie. Que dire, que faire ? Nous avons détesté notre impuissance face à une telle souffrance...Il est des moments qui comptent dans une vie, et ceux-là en font partie. Juju et sa maman sont restés dans nos têtes durant tout notre chemin. Jamais l'expression " Tout l'or du monde" n'a eu autant de signification pour nous...RIEN ne peut réparer ce que cette maman appelle " un accident de la vie".

- C'est au Puy en Velay, alors que nous déjeunons, que nous voyons passé un couple. Nous ne le savons pas encore mais nous allons partager de très beaux moments. Ils sont landais, Pierre et Naty. Landais et bretons se doublent, se perdent et se retrouvent, comme c'est l'habitude sur le chemin. Ils s'arrêtent à Aire sur L'Adour mais nous les avons perdus de vue aux environs de Cajarc. Ils nous offriront une superbe surprise à Saint Jean Pied de Port. Ils sont exprès venus de Dax pour essayer de nous retrouver...Ils avaient déjà enquêter dans plusieurs gîtes de la ville quand, par pur hasard, on s'est retrouvé ensemble à la gare...Faire 200 km aller retour, juste pour revoir 10 minutes des gens qu'on a côtoyer quelques instants ici ou là ? Oui, c'est aussi cela l'intensité du chemin...

 

- Le chemin, c'est aussi plein de petites rencontres dans l'espace temps, mais qui nous laisseront souvent de bons souvenirs.

J'aime ces paroles de Jacques Lanzmann : "En le libérant, la marche va permettre à l’homme de retrouver son identité, de jeter bas le masque social :  Marcher dix jours avec quelqu’un, c’est vivre dix ans avec lui. Ses défauts mais aussi ses qualités défilent en accéléré », souligne le pertinent Jacques Lanzmann. « Ici, ni riche ni pauvre, ni triche ni fanfaronnade, mais rien qu’une sorte d’homme qui fait peau neuve, rien que des gens qui ont laissé leurs écailles, leur cactus et leurs vices au vestiaire. »

Pour toutes ces raisons, louée soit la marche !

 

Ils sont partis sur le chemin, pourquoi ?

Chacun a ses raisons, ses motivations. Voici quelques explications données par quelques amis qui nous ont accordé quelques confidences, des moments d'échanges toujours profonds, sincères et émouvants.

- Il est jeune, il s'est lancé un défi que, je l'espère, il réussira : gagner son combat avec l'alcool. Lorsque nous l'avons quitté cela faisait trois semaine qu'il avait été le plus fort...

- Cet homme a perdu sa femme, il a ressenti le besoin de partir sur le chemin. Il reconnait que c'est très dur pour lui, il n'est pas trop sportif, il souffre, il sait qu'il ne repartira pas une autre fois mais se dit très heureux d'être là.

- Elle avoue simplement avoir été une femme battue. Il y a quelques années, sur le chemin elle a rencontré un homme venu là pour digérer son divorce. Ils refont ensemble le chemin pour remercier de s'être rencontrés. Ils sont croyants.

- Son fils est décédé dans un accident de la route, il y a tout juste quelques mois...Que ce chemin puisse lui apporter un peu de sérénité...

 

Notre cheminement avec Yoann, notre fils

Il est venu nous rejoindre à Moissac, il nous reste 13 jours de marche. Il n'a pas eu, comme nous, le temps de bien se préparer, ses chaussures sont un peu trop neuves...

Pour sa première étape, nous longeons un canal pendant 7 km, c'est relativement aisé. Cependant, cette première étape fait 28 km, c'est très long, trop pour un début. Il n'est jamais aisé de découper nos étapes, ce sont les hébergements qui décident de nos arrêts. La seconde étape en fera 26.

A l'arrivée de sa première étape, Yoann nous demande : " Et vous faites quoi, une fois que vous êtes arrivés ?"... En effet, je suis plus en forme le matin, nous démarrons assez tôt ( 7 h), et nous arrivons vers 14 h, suivant la longueur de l'étape.  Donc, question : que faisons-nous ? Je ne lui réponds pas car il trouve la réponse tout seul !!! Il s'installe sur son lit avec son téléphone et...rapidement s'endort ! Certains jours, il s'endormira bien avant nous ...

Comme tout pèlerin, Yoann découvre les douleurs, les vraies. Il ne se plaint pas, continue, on note juste son silence. Il me confiera plus tard : " J'avais mal, mais comme tout le monde, je pense".

Nous avons essuyé avec lui de belles averses, de vrais jours complets de pluie.

Il lui faudra un peu de temps pour analyser son chemin, faire le tri entre les bons et les moins bons souvenirs. Qu'en gardera-t-il ?

Pour nous ce fut génial de passer tout ce temps avec lui. On a calculé que la dernière fois où nous avions passé ensemble 15 jours, remontait à ses dernières vacances avec nous, en Alsace, l'été 96...

Pas facile de marcher à trois, chacun a son propre rythme. Les hommes m'attendaient en haut de chaque montée. Moi, je doublais Yoann dans les descentes, douloureuses avec son pied.

Nous garderons un super souvenir de tous ces moments et de notre arrivée, côte à côte, à Saint Jean Pied de Port, un moment magique.

Et je lance ici un appel à Romaric et à Gaël, nos deux autres fils, à qui le tour ?

 

Le parcours en lui même

Pour cela, le mieux, je pense, est de parcourir les photos où je vais mettre des commentaires et qui vous feront, un peu voyager et progresser en même temps que nous. Il ne me sera pas toujours possible de mettre un nom sur un village traversé, une chapelle rencontrée, je situerai simplement le nom de l'étape ce qui est déjà pas mal...Tous les soirs nous prenons des notes mais malgré cela, il n'est pas simple de se souvenir de tout. Si des visiteurs, pèlerins ou pas, reconnaissent un lieu, peuvent donner des détails, ce sera avec plaisir que je les ajouterais.

Nous démarrons donc de Genève et arrivons très vite en Haute Savoie où nous restons deux étapes. Puis trois étapes en Savoie. Cinq étapes en Isère. Deux en Loire, Six en Haute Loire, Trois en Lozère, Six en Aveyron, cinq dans le Lot, deux dans le Tarn et Garonne, cinq dans le Gers, deux dans les Landes, cinq dans les Pyrénées Atlantiques

 

Notre état d'esprit et notre façon d'appréhender le chemin

 

Pas facile de le décrire...Je redis ce que j'avais pensé à notre tout premier chemin, cela se confirme à chaque fois : Sur le chemin, nous sommes comme sur des rails, dans une vie parallèle. Complètement déconnectés de la réalité. L'espace temps n'existe plus.

Très souvent, nous traversons ce que j'appelle " la France profonde", des hameaux, voire une seule maison qui sera notre étape du jour et là :  LE TÉLÉPHONE NE CAPTE RIEN !!!

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, la journée d'un pèlerin est très occupée. Il marche, puis à son arrivée, il lui faut : prendre sa douche, laver son linge, faire ses courses ( et cela prend souvent du temps, il faut parfois bien du courage pour se rendre à l'épicerie...), préparer son étape du lendemain, faire ses réservations. Si tout va bien, il en profitera pour se reposer...

Nous le répétons à nos proches avant de partir mais rien n'y fait...Sur le chemin, nous trouvons tranquillité et sérénité, nous y sommes bien et, pour quelque temps, apprécions de rester en retrait de " l'autre vie". Comme toujours, à notre retour, nous entendrons des " on s’inquiétait, on n'avait pas de nouvelles" !!!!!Non, nous ne partons pas pour faire un reportage. Même si c'est avec beaucoup de plaisir que je présente APRÈS photos et récits. Sur le chemin, nous n'avons ni le temps, ni l'envie de téléphoner ou d'écrire. Nous demandons à nos proches d'accepter cette maxime : " pas de nouvelle, bonne nouvelle". Je pense qu'avec le temps, chacun finira par comprendre...Avec le temps ? Parce que Mony, tu envisages déjà de repartir ?

 

 

Ce que l'on peut trouver le long du chemin...

Lorsque l'on marche on a le temps de déguster, d'apprécier notre environnement...Mais tout n'est pas toujours idyllique !!!

Voici ce qu'on a pu voir le long des fossés et bords de route:

Tout emballage alimentaire : paquet de bonbons, barres chocolatées, boite carton de pizza, boites de conserves, canettes de bière, bouteilles vides.

Paquets de cigarettes, briquets, emballages mouchoirs.

Cartouches de chasseurs, préservatifs, couches de bébé, bidon d'huile de vidange, tonneau ou futs de produits agricoles, carcasse de mobylette, couvercle, un pot de chambre, casserole, un entonnoir, pneu.

Gants, chaussures, chaussettes ( souvent esseulés), chiffons.

Plus insolite, une valise pleine jetée au milieu d'un champ...

Nous espérons simplement que tous ces déchets sont le fait de promeneurs, pas de pèlerins...

 

Lien pour regarder nos photos :

 

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Commentaires : 1
  • #1

    monyclaire (mercredi, 07 novembre 2012 14:45)

    Retour de lecture, écrit par Yvonne Tresse, après la lecture de " Pas à pas de Genève à Saint Jean Pied de Port":
    Monique bonsoir, j'ai terminé votre voyage jusqu'à st Jean-pied-de Port, je me suis régalée,quel courage, quelle endurance vous avez, vous n'avez pas été gâtés par le temps que de pluie et chemins boueux. J'adore lorsque vous arrivés au Gite, je l'impression de vous voir les derniers 100m, et Yoann m'a fait sourire quelquefois avec ses chaussures et ses douleurs, le pauvre, toi aussi Monique quel courage tu as , et vous formez tous trois un trio plus que sympathique,et un couple hors du commun, mais pas des chemins, je vous dis bravo! j'étais émue par la petite Lilou . Toujours enthousiaste de lire tes récits Monique, et j'ai aimé les poèmes de Jc