Carnet de bord, récit jour après jour

 

 

Voici quelques extraits du livre

Partie Française

 


  Lundi 12 mai – Onesse – 25 kms

 

Comme notre studio était éloigné du chemin, Jacques, hier soir, nous a indiqué un itinéraire pour retrouver le balisage. Il faut savoir que dans ce département les associations ne se mettent pas toujours d’accord et qu’il y a, par endroit, plusieurs possibilités. Il s’avère que le chemin emprunté est très bien balisé mais ne ressemble en rien à celui de notre guide. Nous naviguons donc à vue ! Comme tous les jours, je fais mon calcul : 25 kms à 3.5 km/h de moyenne, en partant à 8 heures, nous devrions arriver vers15 h 30. Vous m’avez suivi ? Vous pouvez refaire le calcul…Si je donne ces détails c’est bien sûr parce qu’ils auront leur importance dans l’après midi.

On longe longtemps la N10, c’est un peu soûlant mais nous sommes sur une petite route tranquille. Devant nous, nous apercevons trois pèlerins, hommes semble-t-il, de la journée, nous n’arriverons pas à les rattraper.

Nous bifurquons bientôt dans la forêt et retrouvons le calme. Pour le pique nique ce sera un arrêt poncho car il a plu cette nuit.

Nous sommes sur une jolie piste forestière quand, vers 13h30, nous pénétrons dans un village. Arrivant par de petits sentiers, nous n’avons jamais le nom de la localité. Il y a des hauts parleurs qui braillent, des spectateurs le long de la route. Nous nous doutons bien que ce n’est pas pour nous encourager ! Il s’agit d’une course cycliste. Nous mettons un certain temps (En fait, à la sortie du village), à réaliser que ce village n’est autre que Onesse, notre ville étape ! Nous sommes arrivés presque deux heures plus tôt que prévu, soit une différence d’environ 7 kms en moins ! Heureuse surprise !

Ce jour, nous sommes reçus par un couple qui ne fait chambre d’hôte que pour les pèlerins. Cela leur permet de rêver un peu avant de pouvoir partir eux-mêmes, à la retraite…

 

En longeant la N10, les conducteurs nous saluent et jouent du klaxon. C’est parfois si fréquent que je garde le bras en l’air pour les saluer.

Il fait très chaud et, pour la première fois, je demande à un brave homme dans son jardin s’il veut bien remplir nos bouteilles. Il le fait très gentiment. Je ne sais s’il est chez lui ou en location mais il ignorait que le chemin passait devant chez lui !

 

 

Samedi 17 mai – Guéthary- 18kms

 

Aujourd’hui, l’étape est symbolique. En effet, nous nous servons dès à présent du guide « le Chemin côtier ou, en espagnol, le Camino del Norte ». A la dernière page, il est inscrit : 

«  Entre l’infini de la quête et l’ici et maintenant de la marche, ouvrir ce guide, c’est déjà partir sur le chemin des étoiles… »

 

Nous n’avons pas entendu notre ami le coucou, celui qui nous accompagne depuis le départ et nous salue chaque matin. Il n’apprécie pas la côte ou sa saison est terminée ?

 

Nous achetons nos dernières cartes postales françaises, demain nous entrons en Espagne. Cela ajoute un peu d’angoisse à notre aventure, car, comme je l’ai déjà dit : les gens du coin vont sans doute parler espagnol et on ne peut pas leur en vouloir pour ça !

Pour le dîner, nous achetons des pizzas et nous nous installons devant le fronton. Nous assistons aux échanges de balles de trois pros, c’est vigoureux, un rien violent..

 

 

 

Et voici la partie Espagnole

 

 

Lundi 19 mai – San Sebastian – 26 kms

 

Nous sommes 10 à l’albergue, et c’est un peu difficile. Il n’y a qu’un wc dans la même pièce que la douche et cela bouchonne.

Nous prenons tous ensemble le petit déjeuner et je me retrouve devant un choix difficile. Sur l’étape du jour, il y a deux possibilités avec un chemin beaucoup plus difficile que l’autre. Hier soir, plan à l’appui, je me suis fait expliquer la direction à prendre par le responsable de l’albergue. Il m’a bien montré celui que nous devions prendre, pour moi c’était clair. Le souci c’est que ce matin je discute avec un homme qui revient du chemin du Nord et qui me dit exactement le contraire ! J’ai donc un peu d’angoisse en partant pour cette première étape espagnole. Le temps est très menaçant. Très belle montée jusqu’au mont Jaizkibel. Le mont est dans le brouillard et, bientôt, nous marchons sous une pluie violente, de 10 h à midi. Toute la journée nous aurons de fortes montées et des descentes très raides. Nous avons finalement décidé d’écouter l’homme de ce matin et non pas le responsable espagnol. Pourtant à la vue des difficultés, nous nous demandons si nous ne sommes pas sur le fameux chemin très difficile ! ( Nous apprendrons plus tard, par  Maurice, que nous étions bien sur le « plus facile », sur l’autre, lui avait été obligé de s’aider avec des câbles accrochés à flanc de montagne ! je n’ose imaginer notre galère si nous nous étions lancés dans telle aventure.)

 

Par contre, sur les hauteurs, la balade est magnifique. Beaucoup de chevaux sauvages dans la pampa. Au détour du chemin, un cheval et sa jument surveillent un poulain très, très jeune.

A mi-chemin, à Pasia Donibane, nous prenons un petit bateau pour traverser la ria de Pasajes.

Arrivés à San Sebastian à 16 heures, l’auberge est encore loin, mais sur le chemin de demain.

 

A l’albergue, nous retrouvons notre Suisse, l’allemand et le couple de parisiens.

Pour le dîner, nous profitons de la cuisine pour nous faire une omelette et cuire des pâtes. Cette auberge de jeunesse porte bien son nom car il y a ici un « nid » d’étudiants : belges, français, Anglais, Suisses, Allemands, Espagnols. Il y a une étudiante espagnole qui supervise l’ensemble et discute avec nous, nous offrant sangria  et saucisses spéciales.

C’est ici que nous faisons connaissance de Françoise, une Belge. Nous ne le savons pas encore mais nous nous suivrons pratiquement jusqu’à Santiago.

 

Après la traversée de la ria, nous passons devant le phare et gravissons les escaliers à flanc de falaise. La montée est très raide. Ensuite, jolie promenade avec des vues superbes sur l’océan.

Vestiges d’un ancien aqueduc puis c’est la descente sur San Sebastian.

Ce soir à l’auberge de jeunesse, une bande de jeunes européens cuisinent un repas espagnol ; pour nous c’est du pur plaisir que d’être au milieu de toute cette jeunesse.

 

 Jeudi 29 mai- Boo de Pielagos- 25kms

 

 Je vais vous raconter comment se passe, en général, notre réveil. A l’heure où chacun commence à sortir du sommeil, on aperçoit une lueur dans le dortoir : c’est Françoise et sa lampe de mineur ! Nous pouvons lui faire confiance, il est 6 heures, une heure raisonnable pour se lever.

Je suis la première à rejoindre la cuisine, notre hôte est déjà au travail, le couvert est mis et le petit déjeuner prêt. Nous ne savons pas comment remercier de tant d’attentions.

Il fait beau. Pendant 5 kms nous empruntons une piste piétonne : le  « carril-bici ». Françoise nous rattrape et marche avec nous jusqu’à l’embarcadère de Somo où nous allons prendre le bateau pour traverser la jolie baie de Santander. Nous la quittons quelques instants car nous devons « faire une banque », nous n’avons plus de liquide. Au distributeur, JC fait la gaffe de la journée : C’est un écran tactile, poussiéreux, alors il fait le ménage avec sa main…la machine s’affole et lui donne le maximum de liquide autorisé ! Heureusement qu’il y a une limite dans les retraits sinon il aurait fallu acheter un autre sac à dos pour ranger tous les billets…

La traversée est agréable, elle dure 30 minutes. Nous apercevons nos premiers sommets enneigés.

Avant d’arriver à Santander, nous rangeons la lessive de JC. (Il a, je vous le rappelle son jean qui sèche sur son sac à dos !) Nous réinstallerons tout cela à la sortie de la ville…

Nous visitons le centre ville mais nous ne nous attardons pas, nous préférons marcher encore une dizaine de kms et avoir un hébergement plus au calme, à une étape intermédiaire. Je fuis un peu les grosses villes qui sont, en général, les étapes préconisées.

Nous avons quelques difficultés à rester sur le chemin, de gros travaux sont en cours. A une croisée de chemins, perplexes, nous débouchons au milieu d’énormes chantiers autoroutiers, sans plus aucun fléchage. JC part aux renseignements auprès d’un jeune « étranger » comme nous mais qui ne parle pas le même étranger ! En baragouinant et par gestes, JC finit par comprendre que 4 autres personnes avec des sacs à dos sont parties dans telle direction et qu’elles ne sont pas revenues, donc, cela doit être la direction ! Fort de ces explications si précises, nous repartons rassurés.

Ce soir ce sera hôtel, un peu cher, mais d’une part il n’y a rien d’autre, et d’autre part je vais pouvoir me reposer.

Après un peu de repos, nous partons en reconnaissance car demain nous devons prendre le train. Seulement une station, pour nous faire traverser une ria. D’après ce que nous avons compris, les billets se prennent dans le train.

Nous pique niquons près de l’hôtel, terminons le repas avec notre fromage acheté à Güemes, un fromage infernal…

Le départ a été difficile ce matin. Nous regrettons un peu de partir. Nous ne savons pas comment nous pouvons redonner tout cela, tant l’accueil a été chaleureux.

La cathédrale de Santander est magnifique avec son cloître, par contre, peu de vitraux.

 

A la sortie de la ville, nous étendons mon linge sur le sac à dos, ce n’est pas top, mais nous ne connaissons personne ici…

 

Jeudi 12 juin – Grandas de Salime – 25 kms

 

Pas du tout dormi, mais je ne suis pas la seule ! Ce soir, promis, juré ce sera un hôtel !

Comme nous l’avons décidé hier soir, nous prenons la route. Nous ne nous posons pas de question car, comme le répète souvent Françoise, dans ces petits hameaux, il n’y a qu’une seule route… Ben voyons…

Superbe descente avec vue somptueuse. Nous progressons rapidement sur cette jolie route, tranquille. En regardant ces grands espaces, nous nous interrogeons et essayons de découvrir par où passe le chemin, par où galèrent nos collègues. Les pauvres ! Sauf que, au premier carrefour rencontré, à 10 kms, un panneau nous indique que nous nous sommes peut-être bien plantés ! Une voiture débouche du petit hameau en contre bas. Par mime et dessins la dame nous explique que nous sommes sur le mauvais versant, au fond ce sera un cul de sac avec rivière à traverser. Deux possibilités s’offrent à nous : remonter nos 10 kms, cela ne nous enchante guère, la pente sera très rude, ou continuer à descendre sur 11 kms. Là bas, un passeur pourra nous faire traverser, il nous restera 6 kms pour Grandas de Salime. L’équipe au grand complet se consulte mais n’hésite guère : nous choisissons l’aventure et décidons de continuer à descendre. De plus, à ce carrefour, il y a un panneau qui indique Varpedre 11 kms. Comme le dit si bien JC, avec un panneau pareil, cela doit être une petite ville… Re ben voyons…

C’est superbe, nous nous sentons si petit au milieu de ce décor gigantesque. Pas de maison, pas de circulation. Juste au milieu de nulle part, deux gars qui travaillent sur la route.

Vers midi, au loin, nous voyons un petit bateau blanc qui s’éloigne. A un croisement, le panneau de Varpedre, 1km5, vers les hauteurs. Un chemin continue sur 500 mètres pour arriver à l’embarcadère. C’est un cul de sac, isolé. Juste une voiture, sans doute celle du passeur, et un piquet, pour le bateau. C’est loin d’être un lieu touristique, pas de tableau des heures de traversées, rien, nous sommes perdus au milieu d’un décor grandiose. Un peu d’ombre près des rochers. Nous déposons notre barda sur la petite plage et commençons à attendre. JC, inquiet tout comme moi, voudrait monter au village, plus haut, pour essayer d’avoir un complément d’informations. Il fait très chaud, nous nous hissons là-haut. Nous sommes un peu désappointés car il s’agit tout juste d’un hameau, seules deux maisons paraissent habitées. Un couple nous renseigne gentiment, toujours par geste et avec le peu de vocabulaire que nous connaissons. Oui, il y a bien une « barqueta » qui va passer, vers 13h45, 14h,14h15, rien de bien défini. Je regarde l’heure : 13h30 ! Nous redescendons presque en courant, il fait toujours aussi chaud… Nous sommes toujours sur les hauteurs lorsque nous revoyons le même bateau blanc, entre aperçu ce midi. JC fait des grands signes mais il ne semble pas nous voir, il fait son demi tour et… repart ! Nous venons de faire 3 kms de bonus et, de plus, cela nous a permis de rater le bateau !

Nous nous installons de nouveau sur la plage, l’ombre commence à se faire rare. Nous faisons des pronostics. Nous avons vu le bateau à midi puis à 14h, peut-être reviendra-t-il à 16h ? Nous patientons, un peu de sieste, puis je m’amuse à graver les galets. Si quelqu’un, un jour, s’égare tout comme nous, il aura de la lecture !  Le décor est idyllique mais nous n’en profitons pas trop, nous ne savons vraiment pas comment va se terminer cette journée. Le cas est simple, seules deux possibilités : remonter les 21kms ou traverser ! JC s’impatiente, il est 17h, il voudrait remonter au hameau, demander l’hospitalité pour la nuit. Je ne suis pas d’accord, je n’en démords pas, la solution ne peut être que le passeur, sa voiture est là, il va revenir ! Nous avons le temps de compulser notre dico français espagnol, je prépare ma phrase. Vers 17h15, un bruit de moteur et notre petit canot approche… Il accoste, le jeune qui saute sur le rivage est fort étonné de nous trouver là. Je lui sors ma phrase, longuement préparée : « Perdito Camino Santiago, traversar Grandas de Salime ». Il est complètement éberlué mais il nous comprend très bien. Nous embarquons pour une superbe traversée. Qu’on ait déjà fait 1400kms l’épate, nous lui montrons notre itinéraire sur notre crédenciale, nous discutons, prenons des photos. Il semble très fier de nous venir en aide, il refuse que nous le payions. Il nous a sauvé d’un très mauvais pas. Nous le remercions très chaleureusement. De l’autre côté, rien, le même désert ! A gauche, les montagnes, sans même un sentier, à droite, une petite route que nous empruntons. Plus loin, nous rencontrons des ouvriers qui travaillent sur un chantier. Ils sont épatés de voir surgir des pèlerins, venus de nulle part ! Nous nous expliquons avec un seul mot : « La barqueta ». Ah oui, la barqueta, ça, ils comprennent !

Il nous reste 7 kms à faire, en grimpette. Cela passe tout de même assez vite car JC et moi n’en finissons pas de commenter notre aventure…Nous retrouvons le fléchage, cela nous rassure et pourtant il est impossible que le troupeau de nos connaissance soit passé par là ! Les fougères sont plus hautes que nous, ce chemin n’est plus emprunté depuis fort longtemps. J’essaie de ne pas penser aux reptiles qui doivent séjourner dans le coin… Nini, tu es une grande aventurière, ne l’oublies pas ! Alors, même pas peur !

Nous arrivons vers 19h à Grandas, épuisés mais fiers de nous. La pension est correcte, course, dîner, douche, lessive et dodo, ouf !

 

 

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Commentaires : 3
  • #1

    Suzy (jeudi, 03 décembre 2009 15:15)

    Des extraits qui me donnent des fourmis dans les jambes. Encore trop de questions en suspens avant de me lancer. Je crois ne pas être prête dans ma tête...
    Je reviendrai me promener par ici, histoire de m'immerger dans ce périple
    Suzy

  • #2

    Sophie (vendredi, 11 décembre 2009 08:19)

    C'est encore moi ! Comme j'aurais voulu faire avec vous l'étape de Grandas de Salime...
    Cela restera sans doute un grand souvenir ?
    Sophie

  • #3

    monyclaire (lundi, 14 décembre 2009 18:29)

    Oui, en effet, un ÉNORME souvenir... C'était fabuleux, vraiment, nous étions perdus au milieu de nulle part, dans des décors prodigieux.
    Dommage, on en a pas assez profité car, il faut bien l'avouer, on était un peu inquiets, on ne savait vraiment pas comment cette journée allait se terminer.
    maintenant que l'on connait, on voudrait tellement que quelqu'un refasse ce même passage, histoire de revoir ( et de remercier) notre passeur... Peut être un jour...