L'effet domino

 

Les liens du cœur 

 

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Et Rémi adopta son père fut d’abord une nouvelle écrite en 1999, publiée dans mon recueil Chemins d’ombre et de lumière. Le thème du concours était : Le poids du mensonge.

J’ai eu envie, presque vingt ans plus tard, de reprendre cette nouvelle pour en faire un roman. Cette écriture a débuté en février 2018, très peu de temps après la parution de mon roman Lucas, 4 ans, enfant des rues. N’en avais-je pas fini avec ce petit bougre ? Les demandes des lecteurs m’ont-elles influencée ? Je ne sais pas. Toujours est-il que fort naturellement Lucas s’est imposé dans ce roman. Ceux qui, comme moi, se sont pris d’amour pour Lucas seront heureux de retrouver les personnages de ce roman. Il reste cependant totalement indépendant et pourra se lire sans avoir lu le précédent.

Deux enfants, deux histoires différentes mais les mêmes questions, la même quête. Ensemble, réussiront-ils à renouer avec les liens du passé ? Trouveront-ils leurs réponses ?

Premier extrait :

Marine est presque à l’heure, son passage chez son client ne l’a pas trop retardée. Comme à l’ordinaire, elle ralentit devant l’abri-bus, là où Rémi a la consigne de l’attendre. D’ordinaire, il la guette et se précipite dans la voiture. Elle est étonnée, elle s’est arrêtée et Rémi n’a même pas relevé la tête, comme s’il ne l’avait pas entendue. Il est en grande conversation avec un petit garçon et celle qui doit être sa maman. Après tout, elle a un peu de temps et elle est curieuse de savoir ce qui provoque autant d’intérêt chez son fils, lui qui sympathise si difficilement. Elle va donc se stationner un peu plus loin et revient vers l’abri-bus. Lorsqu’elle apparaît dans son champ de vision, Rémi regarde enfin dans sa direction.

— Je ne t’ai pas vue arriver maman, excuse-moi.

— Ah ça, j’ai bien vu. Bonjour madame, ajoute Marine en se tournant vers la jeune femme qui discutait avec son fils.

— Bonjour. Je m’appelle Laura et je suis désolée d’avoir troublé votre fils au point qu’il vous oublie. On vient de faire connaissance. Il semblerait que nos deux écoliers soient devenus copains.

— Moi, c’est Lucas, j’ai quatre ans, mais Rémi veut bien être mon copain. Marine sourit de voir ce petit homme si sûr de lui, et se comporter mieux que certains adultes.

— Eh bien, il ne me reste plus qu’à me présenter à mon tour. Marine.

— Maman, hier soir, tu étais occupée et je ne t’ai pas dit...

— Oui, je sais, nous n’avons pas eu beaucoup le temps de parler. Que voulais-tu me raconter ?

— Il voulait te raconter notre vie, je parie, claironne Lucas.

— Lucas !!! le houspille sa mère, je ne veux pas que tu tutoies ainsi les gens, je te l’ai déjà dit !

— Donc, Rémi aurait pu me raconter votre vie ? commente en souriant Marine. Dis-moi, qu’a-t-elle de si particulier votre vie ?

— On était des chiens errants, répond spontanément le petit garçon.

— Non ! hurle presque Laura. Je ne veux pas que tu emploies cette expression et ça aussi je te l’ai déjà dit. La jeune femme se tourne vers Marine.

Elle paraît un peu embarrassée.

— Notre histoire est particulière et...

Elle s’interrompt soudain et Marine devine qu’elle n’a pas trop envie d’en dire plus dans l’immédiat. Elle décide de faire diversion et prend une décision qui l’étonne elle-même.

— Ce prochain dimanche, cela vous plairait de venir prendre un goûter chez nous ? Les garçons pourraient passer un peu de temps ensemble et nous, nous pourrions faire plus ample connaissance ? 

Extrait  2: 

Ce dimanche matin, contrairement à son habitude, Rémi se réveille tôt et bouscule un peu sa mère afin qu’elle se lève. Il sait pourtant qu’elle aime profiter de sa seule matinée où elle peut s’accorder un peu de répit.

— Debout, maman, on doit faire des gâteaux.

— Des ? Tu crois qu’ils auront si faim que cela ? se moque Marine en tentant de se recoucher.

— Maman, je ne t’ai pas dit...

Il laisse sa phrase en suspens.

— Pas dit quoi ?

— Maman, Lucas...

Il hésite un peu avant de poursuivre...

- il vivait dehors, dans la rue, quoi.

Marine est si surprise qu’elle reste quelques instants sans voix. Elle repense à Laura, à son fils, ils lui sont apparus si « normaux »... mais elle se reprend aussitôt. Elle s’attendait à quoi ? Qu’une sans-abri ait un look particulier ? Bien sûr que non. Ce sont des gens comme elle, tout simplement, rien ne les distingue. Elle pense aux mots de Lucas, son expression de « chiens errants » et l’effroi de sa mère de l’entendre parler ainsi. Elle comprend mieux. Elle comprend surtout que bien que différente, la vie de Laura n’a rien à envier à la sienne. L’une et l’autre sont embarquées dans une drôle d’histoire. Malgré tout, Rémi a employé l’imparfait, se pourrait-il que ces deux-là aient réussi à s’en sortir, d’une manière ou d’une autre ? Marine est soudain impatiente d’accueillir ses invités. Elle ne sait pas encore si Laura et elle arriveront à se faire des confidences, mais elle se félicite d’avoir eu cette très bonne idée de les inviter. Ils vont bientôt arriver. Rémi est impatient et sa mère l’est tout autant. Ensemble, ils ont cuisiné. Rien que cela a été un moment de plaisir. Marine ne se souvient plus depuis quand elle n’a pas pris ainsi le temps de partager une occupation, quelle qu’elle soit, avec son fils. La sonnerie de l’entrée interrompt ses pensées. Rémi bondit pour aller ouvrir. Il se retrouve nez à nez avec un pistolet braqué sur lui ! Enfin, avec la main de Lucas qui en fait office et ce fichu garnement est hilare.

— Tu ne devrais pas ouvrir comme cela, le réprimande son copain qui reprend son sérieux. On aurait pu être des méchants. Il faut vérifier avant d’ouvrir, c’est Julie qui dit ça.

— Et elle a bien raison cette Julie, approuve Marine en les faisant entrer. Il va falloir que tu m’expliques aussi qui est Julie, tu veux bien ?

— C’est toute une histoire, soupire Lucas. Maman va te raconter ça, nous on a des choses à faire, hein Rémi ?

— Je crois que je n’y arriverai jamais, se moque Laura. Ce môme tutoie tout le monde, comme s’il était copain avec la terre entière.

— Il est vraiment mûr pour son âge, c’est plus une qualité qu’un défaut je crois, sourit Marine. Allez entre.

Elle s’arrête brusquement, hésite un instant et en éclatant de rire, elle demande à Laura :

— Bien sûr, on se tutoie ?

Finalement, Lucas, toujours à son aise en toutes circonstances, a détendu l’atmosphère et les deux jeunes femmes sympathisent très vite.

 

Un autre extrait ?
"En ralentissant devant l’école, Victor aperçoit Rémi, assis sur le banc de l’abri-bus. Il semble le guetter. Dans sa vie d’avocat, il a rencontré très souvent des situations particulières, embarrassantes parfois, difficiles ou troublantes. Celle-ci en fait partie. Tout d’abord parce que son client, Pierre, est devenu un ami très cher. Il a toujours pris garde de ne pas mélanger travail et domaine privé. Pierre est la seule exception. De suite, le courant est passé entre eux. L’histoire de cet homme l’a profondément touché. Pierre est un homme droit, franc, foncièrement honnête. Il restera pour Victor comme un cas d’école. Un exemple de ce qui peut arriver à chacun. Nul n’est à l’abri d’un dérapage, d’une erreur. Que l’on paie ensuite très cher. Pierre n’a jamais nié sa culpabilité, jamais tenté de minimiser les faits. Parce qu’il est profondément convaincu de mériter sa condamnation, il n’a jamais tenté de s’expliquer avec sa femme. Il n’a jamais essayé d’obtenir un peu de compréhension, encore moins sa clémence. Pour Victor, c’est une erreur. Il a côtoyé bon nombre de délinquants, du petit voleur occasionnel au vrai truand, beaucoup ont gardé, lors de leur emprisonnement, soit leur mère, soit leur compagne, soit un ami. Quelqu’un de proche qui les soutenait au fil des jours. Pierre a été terriblement seul au cours de ces sept années de réclusion. Il a affronté l’univers carcéral avec détermination. Il a su se faire respecter sans une seule fois attirer l’attention sur lui, que ce soit par les gardiens ou les autres détenus. Il dégage une sorte de force que chacun respecte. Il était pourtant bien jeune lors de son arrestation. Mais déjà mûr et responsable. C’est ce qu’il y avait d’incompréhensible dans son dossier. Comment un homme aussi pondéré avait-il pu se laisser entraîner dans une magouille qui allait mal finir et lui valoir l’écroulement de sa vie ?"

 

 

Illustration réalisée par Maryse Dessin, visiter son blog

Couverture réalisée par Yoann Sauvanet

Mise en pages et correction faites par Véronika

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