Le Fayet, en Haute Savoie, souvenirs d'une éducatrice

 

Voilà où j'ai travaillé durant quelques années.

J'adorerais retrouver un, plusieurs de "ces enfants"... Les plus "anciens", nés en 1965 ont aujourd'hui... 50 ans, comme le temps passe ! 

Partagez cet article, partagez et repartagez encore, merci... Il y aura bien quelqu'un qui aura connu quelqu'un qui a séjourné ou qui a travaillé dans cet aérium, le Loup'tiou, au Fayet, en Haute Savoie, de janvier 1971 à juillet 1973... Pour moi, les années bonheur.

C'est un peu comme lorsqu'on jette une bouteille à la mer...

Quelque chose entre " Perdu de vue " et " Que sont-ils devenus ?"

Nous étions dans les années 70...

Plus exactement, j'ai découvert la Haute Savoie en janvier 1971. C'était le cœur de l'hiver.

J'arrivais de mon Anjou natal, pays connu pour sa douceur légendaire. J'avais tout juste 18 ans et une envie énorme de découvrir le monde. Car oui, à l'époque ( Ciel en employant cette expression, j'ai l'impression de parler d'un autre temps !!!), à l'époque, donc, traverser la France en train était pour moi toute une aventure, remplie de première fois.

Prendre le train, chargée de deux très lourdes valises. Découvrir l'entraide spontanée. Pour les changements de train, aux correspondances très, très justes, trouver de sympathiques bonnes âmes pour m'aider à transporter mes bagages, sans jamais demander quoi que ce soit...

Partir, seule, moi qui ne m'étais jamais éloignée de ma famille de plus d'une trentaine de kilomètres.

En ce janvier 1971, bien sûr, ce petit village du Fayet était recouvert d'une bonne épaisseur de neige... La descente du train, la sortie de la gare, la blancheur qui happe le regard, le froid qui pique les joues, la neige qui craque sous les pas, le soleil qui nous éblouit... Je me souviens avec émotion de ces premiers instants. J'ai su que j'allais poser mes valises dans ce petit coin de France et y passer des jours heureux.

Tranquillement et à pied, je suis montée par la petite route qui menait au " Loup'tiou" là où m'attendaient MES enfants...

Le Loup''Tiou était ce qu'on appelait un aérium. Les docteurs prescrivaient un séjour en montagne pour les enfants affaiblis, suite à différentes maladies. Il s'agissait là de prescription de 3, voire même 6 mois. A l'époque, célibataire et sans enfant, je n'ai jamais pensé combien il devait être difficile aux parents de confier ainsi leurs enfants à de parfaites inconnues et pendant si longtemps. Internet n'existait pas, bien sûr, mais le téléphone était vraiment réservé aux seules urgences. Je n'ai pas souvenir qu'un enfant ait eu ses parents au téléphone pendant son séjour.

En ce qui concerne les enfants, nous recevions des petits âgés de 3 à 6 ans. A cet âge-là, s'il y avait des pleurs au moment de la séparation, ce qui est normal, cela ne durait généralement pas très longtemps. Il faut dire que nous avions des "armes" efficaces pour les détourner de leur tristesse. Quel enfant est capable de rester indifférent, par exemple, face à l'appel de la neige ? Je me souviens de ces longues parties de descentes en luge, ces batailles de boules de neige. Les enfants rentraient les joues bien rouges mais si heureux !

Personnellement, j'avais en charge, ce qu'on appelait le lazaret. En fait, tous les quinze jours, partait la dizaine d'enfants qui avait terminé son séjour et nous arrivait une dizaine de petits nouveaux. Ces enfants étaient regroupés dans une partie du chalet, à l'écart des autres.Ceci afin d'éviter toute propagation d'épidémie, la rougeole tout particulièrement qui faisait très peur encore à cette époque-là.

J'étais responsable de ce groupe-là et, à ce titre, j'avais le devoir de faire en sorte que la tristesse de l'arrivée dure le moins possible. Je devais aussi repérer tout symptôme douteux. Ma mission consistait aussi à détecter tout arrivage non désiré et à traiter en toute urgence : nos ennemis jurés, les poux et les lentes...

Ensuite, j'avais toute une quinzaine de jours pour découvrir chacun de mes petits bouts de chou. Comme ils ne devaient jamais être en contact avec les autres groupes, nous vivions un peu en vase clos, entre nous.

La quinzaine de jours passés avec eux, je les redirigeais vers les différents groupes, en fonction de leurs âges.

Peut-on appeler cela un travail ? Non, je ne pense pas. C'est là que j'ai appris à découvrir l'âme enfantine, dans ses profondeurs. J'ai appris à deviner, ressentir. J'ai cotoyé l'innocence et la pureté. Mais j'ai découvert aussi comment certains de ces petits avaient déjà été malmenés. J'ai vu jusqu'où la bêtise, l'indifférence ou la méchanceté des adultes pouvaient aller. J'ai compris que l'injustice frappait dès le plus jeune âge... J'ai su que les enfants seraient toujours pour moi MA priorité. Que leur bien être, leur bonheur passerait toujours avant tout...

Je les ai tous aimés... Les teigneux, les adorables, les petits fûtés, les caïds, les roublards, les gentils, les timides, les gros durs au coeur tendre, les petites pestes, les princesses, les poètes, les coléreux, les grognons, les jamais contents, les maladroits, les distributeurs patentés de bisous. Tous d'adorables petits bouts, chacun à leur façon.

 

Ma carrière professionnelle m'a, par la suite, amenée à m'occuper d'enfants plus âgés mais je n'y ai pas retrouvé les mêmes plaisirs...

Petite anecdote :

Un jour, j'ai dit à mon JC de mari :

- Il faudrait toujours avoir un enfant de moins de trois ans à la maison... Pour sa pureté, son innocence.

Il m'avait répondu :

- On ne pourra pas avoir un enfant tous les trois ans, il faut te faire une raison !

Il avait bien sûr raison mais j'ai réussi à trouver une solution à ce qui nétait pas vraiment un problème. J'ai abandonné mon emploi d'éducatrice pour devenir assistance maternelle... Quel beau métier que celui-là !

 

J'adorerais retrouver un, plusieurs de "ces enfants"... Les plus "anciens", nés en 1965 ont aujourd'hui... 50 ans, comme le temps passe ! 

Partagez cet article, partagez et repartagez encore, merci... Il y aura bien quelqu'un qui aura connu quelqu'un qui a séjourné ou qui a travaillé dans cet aérium, le Loup'tiou de janvier 1971 à juillet 1973... Pour moi, les années bonheur.

 

Retrouvez aussi, ici, un article que j'ai écrit il y a quelque temps, intitulé " Bons souvenirs d'une éducatrice"

J'ai écrit à l'époque quelques poèmes. J'ai aussi, avec une amie, Domy ( où es tu toi aussi ?) écrit les paroles de cette chanson, sur la musique de " Nuit et Brouillard" de Jean Ferrat. Nous avions quelques collègues qui " travaillaient" avec nous... Loin, très loin de notre façon de voir à nous...

 

Elles étaient une dizaine

 

Elles étaient toutes ensemble

dans cet établissement,

travaillant nuit et jour

pour gagner de l'argent.

Elles n'avaient en commun

que ce triste besoin, 

qui revenait toujours

sans le moindre détour.

 

Chacune menait sa vie,

s'occupant du voisin,

chacune menait sa vie,

sans aimer son prochain.

Critiquant, papotant

en gardant leurs enfants

qui bien souvent souffraient

de ce qui se passait.

 

Elles parlaient nuit et jour

de leurs tendres amours,

de leur vie sexuelle

et de leur bagatelle

Ne sachant même pas 

mettre un voile à tout ça,

pour garder la beauté

d'un beau et tendre secret.

 

Elles pensaient tout connaître

des plaisirs de la terre,

de l'actualité et de l'éducation,

de l'instruction et de la société,

mais en réalité

ce n'étaient qu'illusions.

 

Monotone est leur vie

sans le moindre souci,

du travail à chez elles,

par les rues, les ruelles,

aux plaisirs des sorties

avec de fausses amies,

par devant on se sert,

par derrière, c'est l'enfer...

 

Pourtant, prise une à une,

elles essaient d'oublier,

pourtant prise une à une,

elles peuvent être sauvées.

Mais que faire et que dire

devant tant d'ignorance

devant cette destinée

qu'est la facilité ?

 

Mais malgré tout, pourtant,

il y a ces enfants

qui n'ont rien demandé

à cette société.

Il faut les épargner

de la stupidité

Que beau soit leur destin

Et qu'ils croient en demain


Les guider en bonté

C'est le plus beau chemin

Que l'on puisse présenter

A tous ces p'tis gamins.

D'amour et de beauté,

Un regard plus humain,

Sous la voute étoilée,

Pour de tendres matins.

 

Elles étaient toutes ensemble

Dans cette établissement

Travaillant nuit et jour

Pour gagner de l'argent

Mais il viendra un temps

Elles auront des enfants 

Il faudra bien qu'un jour

Elles apprennent l'amour

 

Mony et Domy

 

 

Adaptée et chantée par Notre Gitantroubadour

Décembre 2015

Je peux faire un petit ajout à cet article. 

D'une part, je suis très heureuse d'avoir retrouvé deux enfants qui ont séjourné dans cet aérium et qui, par l'intermédiaire de cet article ont pu entrer en contact avec moi. Preuve que certains enfants, aussi, ont envie de retrouver des gens de cette époque-là. Par contre, l'une est repartie avant que je n'arrive là-bas, l'autre est arrivé après mon départ. Nous n'avons donc pas pu nous rencontrer... Mais je ne désespère pas de voir venir jusqu'ici un enfant que j'aurais connu...

Il est très intéressant pour moi d'avoir leur ressenti. Et il est fort différent de l'un à l'autre.

Pour l'une, j'ai l'impression que ses souvenirs ressemblent à la vie de la petite Heïdi à la montagne. Elle en garde apparemment de bons souvenirs.

Pour l'autre, les souvenirs sont moins idylliques. Ils sont très précis mais pas toujours à l'honneur de mes collègues. Je n'y ressens pas l'attachement qu'il aurait pu avoir avec la monitrice qui s'était occupé de lui.

Cela me confirme dans mon propre ressenti. Nous étions à l'époque un groupe de jeunes femmes, célibataires et sans enfant. La psychologie enfantine dans ces années 70 n'était pas encore très à la mode. Nous n'avions eu aucune formation en ce sens. Alors si pour certaines le contact était assez facile, en rapport avec ce que nous nous devions d'offrir à ces enfants, pour d'autres cela restait obscure...


3 articles relatant les discussions que j'ai pu avoir, par mail, avec les 3 "enfants" qui sont arrivés jusqu'à moi. Je les remercie de m'avoir confié leurs souvenirs. J'ai changé leur prénom afin de pouvoir partager la quasi totalité de leurs souvenirs, tout en gardant leur côté privé...

Alice

Marc

Franck

Et ci-dessous, un reportage, triste réalité de ce qu'est devenu ce lieu enchanteur de mes souvenirs... Une vallée polluée, dangereuse pour la population et pour nos enfants...

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