Bilan de mon accueil Jacquaire

Bilan d'une élève hospitalière... Suite de l'article précédent présentant le gîte et décrivant l'emploi du temps de l'hospitalier

Après avoir passé quinze jours en tant qu'hospitalière dans ce gîte pour pèlerins, qu'en est-il de mon ressenti ?

Tout d'abord, pourquoi ai-je eu envie de passer de l'autre côté, de passer du statut de pèlerine à celui d'hospitalière ? Sans en faire un décompte exact, au vu des km parcourus, nous avons été hébergés environ 350 fois. Nous avons connu toutes sortes d'hébergements, du plus stylé au plus basique. Cela va de l'hôtel, la chambre d'hôtes, le gîte communal, le gîte privé, l’accueil familial pour pèlerins, une salle des fêtes. Et ce n'est pas forcément ceux auxquels on pourrait penser qui m'ont laissé le meilleur souvenir !!!

Il est toujours intéressant de connaître ce qu'éprouvent ceux qui ont la gentillesse de nous accueillir, comment ils fonctionnent etc. Cette fois-ci, il s'agissait donc d'un gîte privé.

Situé sur la voie de Tours, environ 50 km en dessous de Poitiers, ce n'est pas le chemin le plus emprunté... Hier soir, nous avons accueilli le cent cinquantième pèlerin depuis le début de l'année. Des chiffres un peu en baisse apparemment, puisque l'an passé, à la même époque le gîte avait accueilli 215 pèlerins... En ce qui nous concerne, nous avons accueilli 18 pèlerins, un Asiatique, un Hollandais, deux Espagnols et des Français. 3 dames, 2 jeunes filles, un jeune homme, 3 jeunes garçons, 8 messieurs et un prêtre. Des rencontres toutes passionnantes et enrichissantes. Le plaisir de partager de très bons moments, parfois la tristesse de se quitter.

Quel est notre rôle, à nous hospitaliers ?

La meilleure façon de répondre est, je pense, de définir ce que nous, en tant que pèlerins attendons justement lors d'un accueil. Et cela dépend de chacun. Je pense donc que même si ce n'est pas obligatoire, avoir fait soi même le chemin est un énorme plus. Cela peut éviter de plonger dans certaines erreurs. J'ai le souvenir d'accueil où l'on se précipite pour nous offrir une boisson... tout en nous laissant debout, soit pour nous faire faire une très longue visite des lieux, jardin et/ou maison, soit pour écouter le propriétaire des lieux nous raconter SON chemin... Offrir une boisson fraîche ( ou chaude selon le temps) OK, mais généralement nous avons eu suffisamment dans notre sac à dos et ce n'est pas la première des choses attendues... Un sourire, un mot de réconfort, du calme, laisser le pèlerin « souffler », récupérer, se reprendre... Savoir évaluer, être à l'écoute... Certains préfèrent de suite se doucher, d'autres ont besoin de s'asseoir, parfois un peu longuement avant de retrouver la force de monter un étage ( Oui c'est quasi une constante, les dortoirs sont presque toujours à l'étage, ne me demandez pas pourquoi ). Notre rôle ensuite doit se situer quelque part au niveau de l'écoute, sauf si le pèlerin est plus en demande de conseils, infos etc. Bref, avoir une grande capacité à s'adapter car chaque rencontre est unique.

Cela ne nous est pas arrivé mais pour l'avoir souvent rencontré aux termes de certaines étapes, notre rôle peut être également de soutenir, rassurer, voire remonter le mental d'un pèlerin. Chacun parcourt son chemin comme il le veut, le plus souvent comme il le peut. Je crois que personne ne peut donner des conseils. Juste un... Parce qu'il me paraît évident et essentiel : ne jamais décider d'abandonner aux termes d'une étape, même lorsqu'on est persuadé qu'on ne pourra pas faire un pas de plus... Toujours remettre sa décision au lendemain matin... Matin où le plus souvent le pèlerin aura retrouvé son dynamisme et aura oublié douleurs et fatigue de la veille... Et n'aura surtout plus envie de déclarer forfait !

Bref, moi qui aime le relationnel, qui aime observer, écouter, découvrir, je me suis vraiment sentie très bien dans ce rôle.

Outre ce côté relationnel, il y a bien sûr toute la partie fonctionnelle. Un peu de secrétariat, enregistrement, gestion des stocks, entretien des locaux, voire cuisine. Pas grand chose à raconter sur cela. C'est assez simple à assurer.

Par contre, je vais revenir un peu plus sur le fonctionnement du gîte. Ici, il s'agit d'un gîte Donativo, gîte et couvert à la libre participation du pèlerin . C'est, en partie, une des raisons qui m'ont fait accepter de devenir hospitalière ici. Parce que c'est le genre d'accueil que j'essaie d'éviter lorsque je suis sur le chemin. Pourquoi ? Parce que je suis honnête, que je sais déterminer le juste prix, tout simplement.

Un lit, une douche, un petit déjeuner, un dîner. Tous les frais inhérents à une habitation etc. Ceux qui ont lu un ou plusieurs de mes récits le savent bien, je l'ai écrit souvent : 25 euros pour une demi pension, c'est à mon avis, le juste prix, sinon le minimum. Mais lorsqu'on part pour de nombreuses semaines, le pèlerin n'a pas forcément le budget pour se permettre cela. Moi, je ne l'ai pas. Et, en se préparant soi même son repas, on allège vraiment ce budget... Alors, bien sûr, ici, le pèlerin n'est pas obligé de prendre son repas, il peut se le préparer lui même, il a accès libre à la cuisine. Mais... Je n'en ai vu aucun choisir cette formule, tous ont répondu «  c'est beaucoup plus sympathique de prendre le repas ensemble »... Oui, c'est vrai. La plupart ont bien aidé à la préparation de ce même repas, sans souci... Mais qu'en est -il de la libre participation du pèlerin ?

Je voulais vraiment en savoir plus, juger par moi même, j'ai eu la confirmation de ce que je pressentais... Je tairai le bilan financier mais on est très, très loin du prix moyen que j'ai annoncé plus haut. Et je n'ai pas vu arriver de nécessiteux. On est là dans un système qui me dérange... Alors, juste une mauvaise estimation du coût réel ? Une difficulté à estimer le juste prix ? J’ai un peu de mal à me satisfaire de cette explication. Cette impression d'assistanat, pour ne pas parler de certains profiteurs d'un système bien trop pratique. Pour moi, décider de partir sur le chemin est une sorte d'engagement vis à vis de soi même. Le premier pas est déjà cette prise de conscience que de partir au long cours représente un budget. On doit être prêt à assumer ce côté financier qui est loin d'être négligeable. Imposer un prix minimum ne me choque pas, je trouve cela normal. Je le redis ce n'est que mon ressenti, chacun son opinion.

Le meilleur accueil pour moi ? Un gîte, le plus souvent communal, où l'on nous propose le strict nécessaire : un lit, une douche et un petit coin pour cuisiner avec... Un prix minimum d'imposé.

 

Voilà mon petit bilan de cette expérience très enrichissante. Je ne peux que la conseiller...Je ne retiendrai que la richesse des rencontres et le grand bonheur de partager tant de moments exceptionnels.  Demain, je repartirai avec la tête emplie de beaux souvenirs.

 

 

 

 

Voici les deux textes laissés sur le livre d'or du gîte :

Viens

Je suis l'âme du chemin

Aujourd'hui avec moi, viens !

Un nuage comme une mèche

T'indique telle une flèche

Cette jolie direction,

Une lointaine destination.

Laisse tout, prend ce qui vient

Tu ne regretteras rien.

Au nombre de tes pas

Ta route s'illuminera...

Enfin tu pourras voir

Comme dans un miroir

Tout ce qui te gêne

Ce qui te peine.

Et que tu vas abandonner

Comme un boulet de condamné.

Ce matin prend le virage

 

De ta vie, tu n'es plus un otage.
JC

 

Va pèlerin, ne t'arrête pas, poursuis ton chemin.

Tu as fait le pas le plus difficile, ce premier pas qui est celui de décider de partir.

Tous les suivants t'emmèneront là où ton cœur le décidera.

Où que tu ailles, le bonheur est en Chemin.

Rien ne t'arrêtera, ni la fatigue, ni la douleur... 

Tu puiseras ta force dans chacun des petits cadeaux que te fera le chemin.

Un sourire, un mot, une main tendue.

Quelle que soit ta quête, tu laisses dans ton sillage des étincelles de bonheur......

Ceux que tu croises, ceux qui ne peuvent pas partir les récoltent et les dégustent.

Arrêter de marcher serait arrêter de les distribuer …

Tu marches pour toi mais avec la grâce et pour les autres...

 

Que ton chemin soit beau...

Mony

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