Une des étapes de notre chemin, une des plus difficiles...

Là, il y a encore un arbre...
Là, il y a encore un arbre...

 

Extrait de mon récit en cours d'écriture :

La Meseta. Pour chaque pèlerin, ce mot a une résonance particulière, on en rêve, on le craint ou on l'espère. Il s'agit d'un plateau situé entre 900 et 1000 m d'altitude, balayé par un vent glacial l'hiver, se transformant en enfer sous le soleil. Une longue traversée de désert qui nous occupera plusieurs jours.

 

Mardi 23 avril :

Pour demain, nous n'avons pas encore pris de décision. En effet, il nous faut soit faire une étape très courte, vingt kilomètres et s'arrêter à Carrion de Los Condes, soit continuer sans hébergements possibles avant 17 kilomètres, la traversée d'un vrai désert. Nous ferons un état des troupes à Carrion et prendrons notre décision à ce moment-là. Pour l'heure, j'opère mon trio d'ampoules, dont une très profonde au niveau du talon, une belle œuvre de deux centimètres de diamètre environ.

Mercredi 24 avril – Calzadilla de la Cueza – 37,6 kilomètres

Comme nous sommes réveillés, nous partons un peu plus tôt, nous allons voir si nous tentons ou pas de faire cette grande étape. Ce chemin n'est pas une course, nous le parcourons tranquillement, en essayant de profiter de chaque instant. Mais il est vrai qu'en ce moment l'itinéraire ne présente aucune difficulté sur cette Meseta et comme nous a dit un jeune Belge hier :  «  Sur ce chemin, j'avance, j'avance, rien de mieux à faire ».

Nous démarrons par une très longue piste qui longe la route, très peu fréquentée. Peu de choses à dire de cette partie d'étape. Nous traversons de grandes étendues, semées de blé. Pas un seul coquelicot en vue, ni dans les champs, ni sur les bas côtés de la route, le désherbant est passé largement par là.

Le soleil commence à bien chauffer et je profite des toilettes d'un bar à Villalcazaz de Sirga pour me changer et mettre de l'écran solaire. JC qui a passé commande pendant ce temps, m'informe que le café bocadillo est passé de trois euros à cinq euros ici. Toujours aucun prix d'affiché.

Il est seulement 11 heures lorsque nous arrivons à Carrion. Les troupes se consultent. Jusqu'ici le chemin a été sans aucun dénivelé, nous avons bien progressé. Après quelques courses, nous décidons de continuer, sans arrêt possible avant le prochain village, situé à 16,8 kilomètres ce qui nous fera une étape de plus de 37 kilomètres, chose que nous n'avons jamais fait. Nous emportons une quantité suffisante d'eau et de fruits car il n'y aura pas le moindre point d'eau avant l'arrivée. Peu de rencontres sur cette piste, chacun allant à son rythme, mais on peut apercevoir les pèlerins à des kilomètres. Nous pique-niquons à l'ombre, sous l'un des derniers arbres avant le vrai désert. Nous repartons pour les douze derniers kilomètres, c'est le début de la Cazalda qui va nous mener à l'étape du jour. J'avoue que je ne souffre pas trop de la chaleur, le corps s'y est habitué. Par contre, une fatigue terrible s'installe au fil des kilomètres de cette immensité désertique. Pas de repère pour nous encourager et se rendre compte de notre progression. Dans ces cas-là, une seule solution, marcher à la montre. Savoir que nous arriverons vers seize heures, point. Malgré cela, on se surprend à guetter un signe de notre progression, mais à quoi accrocher son regard ? Il n'y a rien, rien qu'un long chemin qui serpente à l'infini. Pourtant, malgré la fatigue des derniers kilomètres, je ressens comme ce chemin est beau dans sa simplicité, dénué de tout.

De longs chemins, de très longs chemins. Mais où est-il ce village ? Vers 15 heures 30, il est en vue, enfin. Excusez mon besoin de confort, je passe fièrement devant l'albergue et me dirige, d'un pas qui n'est plus guère ferme mais décidé, vers l'hôtel du village. Je n'ai même plus la force de m'étonner de la présence incongrue d'un hôtel au milieu de ces étendues désertiques. Je me vautre sur le lit. JC a beau me dire qu'une douche me fera du bien, je n'en ai pas la force pour l'instant. J'ai de nouveau très froid, alors que le soleil m'a chauffée toute la journée, je grelotte. Je fais une longue sieste, enfouie sous la couette. L'étape a été rude. Le soir, il m'est impossible de trouver le courage de prendre l’ascenseur pour aller dîner au bar. JC me remonte un bocadillo. Je trouve alors un peu de courage pour prendre une douche puis retourne me coucher très vite.

 

Il est midi, le dernier arbre avant longtemps...
Il est midi, le dernier arbre avant longtemps...

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Commentaires : 4
  • #1

    gitantroubadour (jeudi, 06 juin 2013 17:53)

    une belle leçon de courage, chapeau !!!!
    Bonne soirée Mony, Bisous !!!!

  • #2

    monyclaire (jeudi, 06 juin 2013 18:09)

    coucou,
    Je dis toujours que le courage, c'est uniquement lorsque nous avons le choix. Il est des situations, parfois beaucoup plus difficiles où on n'a pas d'autre choix que d'avancer, se battre...Ce n'est pas une question de choix mais de survie. Là, donc, oui, j'ai choisi de partir sur ce chemin, avec ses plus et ses moins. Alors courage, peut être, bonheur sûrement...
    Merci de ton passage, bisous à toi

  • #3

    Pascale (vendredi, 07 juin 2013 09:52)

    Courage de repartir vers ce bonheur parfois difficile à atteindre !
    Je crois bien que je ne l'aurais pas et que je rebrousserai chemin...
    à tout bientôt sur tes chemins Mony !

  • #4

    MAHIEU (lundi, 24 juin 2013 09:49)

    Oh! que si c'est du courage!!! et beaucoup d'abnégation malgrès tout de ta part et que d'amour de la part de ton "homme", Cathie