Les premières lignes de mon nouveau roman

Proposition de couverture, illustrations de Maryse Petitiot, alias Missette. Merci à elle

couverture
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4ème de couverture
4ème de couverture

Été 1982

Les gamins la poursuivent en l’injuriant, elle avance imperturbable, avec son perpétuel sourire. Un sourire qui ne la quitte jamais. Indifférente aux quolibets, les jurons semblent glisser sur elle. Il est de notoriété que la fada est complètement sourde.

Son arrivée par ici, quelques mois plus tôt avait éveillé peu d'intérêt. Elle était devenue la nouvelle locataire d'une masure située en bord de forêt, à quelques kilomètres de la ville. Personne ne savait trop ce qu'elle y faisait, ni de quoi elle vivait.

On l'apercevait parfois, tôt le matin, elle venait faire quelques provisions. Personne n'avait jamais entendu le son de sa voix, elle se contentait de hocher la tête pour dire bonjour. On la crut muette, on en avait déduit, sans doute un peu vite, qu'elle n'entendait rien. De là à l'affubler du surnom de la fada, il n'y avait eu qu'un pas que les garnements du coin avaient vite franchi.

Cela n'était pas pour déplaire à Léa, bien au contraire. Elle avait besoin de passer inaperçue, le plus longtemps possible. Que personne n'ait reconnu en elle la petite fille qu'elle avait été en arrivant enfant dans la région, la rassurait plutôt. Pourtant, ce matin-là, elle aurait bien aimé, ne fut-ce qu'un instant, redevenir la jolie jeune fille qu'elle était réellement. Se montrer telle qu'elle était devenue à celui qui était, enfin, revenu.

Léa sait qu’il la suit des yeux. C’est son odeur qu’elle a d’abord sentie. Il n’avait pas perdu cette jolie habitude, celle de mâchouiller des bonbons parfumés à la violette. Avant de le voir, elle avait su qu’il était de retour.

Elle ne veut pas se retourner, lire l’étonnement dans ses yeux. Comme il la trouverait changée ! Aujourd’hui, plus encore que d’habitude, les moqueries des garnements du village lui font mal. Elle en a assez de jouer son rôle, car il s'agit bien d'un rôle. Elle est proche du dénouement. Elle a confiance, elle sait qu'elle va bientôt gagner, que cette histoire sordide touche à sa fin. Depuis le temps qu'elle attend ce moment. Elle ne peut pas tout gâcher, elle est trop près du but. Ce matin, cependant, il lui est difficile de jouer la comédie. Parce que Denis est là, parce qu'il est enfin revenu. Elle l'avait si souvent espéré, si souvent été en mal de lui.

Pourquoi réapparaît-il justement aujourd'hui, alors qu'elle doit être plus prudente que jamais ? Elle ne peut rien lui raconter, ce serait rompre ce bel équilibre, ce serait perdre sa crédibilité, ce serait avouer son nom, ses origines. Elle ne peut pas se permettre d'éveiller les soupçons. Son amie Carole l'a contactée tôt ce matin. Le dénouement est proche, elle a prévenue la police qui, à l'heure actuelle, doit se rendre sur les lieux. Pour autant, tout danger n'est pas écarté, bien au contraire. Tant que l'assassin n'est pas sous les verrous, les risques d'une tentative d'agression sur la personne de Léa n'est pas écartée. Carole lui a recommandé la plus grande vigilance car elle a perdu de vue celle qu'elle poursuit depuis tant d'années. À l'heure actuelle, elle ignore si elle est toujours à Coullons, ce village de Sologne où elle travaille ou si elle est retournée durant la nuit à Durtal, cette ville d'Anjou où Léa se trouve actuellement. Patience Léa, patience...

Elle s’observe, sans douceur. Elle est sale, mal fagotée. Elle a honte, elle est lasse. Ne plus lutter, se cacher, en finir avec toute cette méchanceté. Pourquoi a-t-il fallu qu'elle supporte tout cela ? Seule la certitude d'approcher du dénouement de cette sordide histoire lui donne la force de continuer.

Léa se hâte vers son taudis. La même maison, en bordure de forêt. Depuis tout ce temps, sans pouvoir faire un minimum d’entretien, c’est une ruine qui abrite ses nuits. C’est là qu’elle court se réfugier, s’isoler. Elle n’entend aucun bruit, elle sait que Denis ne la suit pas, c’est peut être mieux ainsi. Il va repartir, déçu, et elle continuera sa route.

Elle espère cependant qu'il prolongera, un peu, son séjour par ici. Elle voudrait tant pouvoir enfin se libérer de toutes ces années de cauchemar. Il l'écoutera, elle en est sûre. Même si, et c'est bien normal, il a une vie, ailleurs, peut être même une femme, il saura la réconforter, en toute amitié.

 

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Commentaires : 1
  • #1

    monyclaire (mardi, 28 juin 2011 07:34)

    J'ai écrit, provisoirement, le mot fin. Quelques amis ont accepté de le lire et de débusquer fautes ou incohérences...Merci donc à Patricia, Marie-France, Gilbert et Yvette, MaRo, et aux trois garçons de la famille....
    Quant à Maryse Petitiot, alias Missette, elle vient de me proposer l'illustration pour la couverture : superbe, comme d'habitude. perso je n'avais pas le début d'une idée et Maryse a tout de suite su en extraire l'essentiel et l'exprimer dans son illustration, bravo à elle.
    C'est Véronique Audelon, alias Petite Fée, qui se chargera de la conception de la couverture et de la mise en pages...
    Voili, voilou, à bientôt donc
    Mony